Artículo publicado en GARA el 9 de octubre de 1999.
Jakes Abeberry * Adjoint au Maire de Biarritz et membre d'Abertzaleen Batasuna
La création d'un Département Pays Basque est un progrès dans la situation actuelle d'Ipar Euskal Herria.
La mise en place d'Udalbiltza a particulièrement mis en lumière le néant institutionnel d'Iparralde. Hego Euskal Herria, malgré son morcellement administratif, aborde, d'une manière lisible, la présente initiative d'une structure com- mune aux municipalités du Pays Basque.
Certes, il y a deux statuts d'autonomie, un pour la Navarre, l'autre pour les Vascongadas. Certes, chaque «Diputación» a sa singularité et sa propre politique, mais au total Hegoalde est administré localement par des institutions qui lui sont propres même si elles demeurent sous dépendance de l'Etat espagnol. Elles bénéficient surtout d'un régime fiscal dont elles ont la totale maîtrise.
En regard, la situation d'Iparralde est insupportable d'un point de vue abertzale.
Un Département Pays Basque ne pourrait en aucun cas se comparer à la réalité d'une «Diputación» d'Hego Euskal Herria. Il s'agit tout simplement d'une collectivité territoriale de droit commun de la République française aux compétences limitées et dont les ressources financières dépendent étroitement des dotations de l'Etat central. Même la politique d'aménagement du territoire lui échappe en grande partie puisqu'elle est du ressort de la Région Aquitaine et de sa capitale Bordeaux.
Un Département Pays Basque est cependant un progrès. D'abord parce qu'il donnera, pour la première fois, une personnalité juridique, politique et démocratique au Labourd, Basse-Navarre, Soule, c'est-à-dire à un Pays Basque nord de 260.000 habitants. Exister en tant que Pays Basque ce n´est pas rien, d'autant que le poids des abertzale y est encore très minoritaire.
Mais au-delà de cette existence enfin reconnue, après la négation voulue par la Révolution française de 1789, c'est la possibilité pour Ipar Euskal Herria d'adhérer à la construction d'une Euro-Région basque. S'il est extrêmement difficile, pour ne pas dire quasiment impossible, de bouger les institutions internes de l'Etat français dans son territoire hexagonal, il est en revanche un phénomène beaucoup plus puissant qui le depasse et le transforme, c'est la construction européenne. Tout comme pour les 15 Etats partenaires de l'Union européenne, des pans entiers de sa souveraineté sont délégués au supranational bruxellois. Son agriculture, sa pêche ne se décident déjà plus depuis fort longtemps à Paris. Demain le droit régalien de frapper monnaie lui échappera aussi pour adopter une monnaie commune. L'économie de la France est déjà ouverte aux quatre vents dans un Marché Commun des quinze partenaires. Les douanes aux frontières n'existent plus. Les habitudes des habitants des régions frontalières sont totalement bouleversées au point que les magasins de grande distribution, comme ceux du BAB et du Gipuzkoa, se situent dans une même zone de chalandise. Sous nos yeux, les souverainetés absolues de la France et de l'Espagne sont entamées par la construction européenne.
Par ailleurs, le Traité de Bayonne de1994, ratifié par les Parlements français et espagnol, ouvre une brèche dans le droit international classique. Désormais, toute collectivité territoriale les villes, les départements ou «Diputaciones», les Régions ou Communautés Autonomes peuvent par- dessus la frontière pacter pour des projets et des investissements communs. C'est déjà le «Consorcio» d'Irun, Hondarribia et Hendaia et le rapprochement du District BAB et du Gipuzkoa. Timides avancées bien évidemment, mais voies ouvertes sûrement.
Dans l'état actuel des choses, Ipar Euskal Herria est dans l'incapacité de «pacter» avec Hego Euskal Herria parce-qu'il n'existe pas. C'est en quoi un Département Pays Basque pourra, s'il en exprime la volonté politique, se retrouver sur un pied d'égalité avec les institutions basques du sud.
Ce schéma est loin d'être une utopie. On le perçoit peut-être mal parce-qu'il ne pocède pas d'un grand soir et qu'il se construit au quotidien. Les adversaires du Département Pays Basque ont parfaitement compris que cette institution pour Iparralde aurait la capacité de s'engager dans la voie d'une réunification de fait du «Zazpiak bat».
La réticence de la France, avouée ou pas, à créer un Département Pays Basque a toujours été la crainte de la dérive basque vers le sud. Déjà Mitterrand, dans les années 80, expliquait son revirement par sa volonté de couper les bases logistiques d'ETA. Aujourd'hui Lionel Jospin, qui en 1995 (lors de sa campagne présidentielle) a pourtant promis de respecter la volonté des élus d'Ipar Euskal Herria si elle se manifestait, est quasiment sur la même ligne. Bien sûr, depuis Lizarra-Garazi, il ne peut plus invoquer la violence mais il redoute toujours la construction de ce pont entre le nord et le sud d'Euskal Herria. Européens certes, mais Français d'abord.
C'est pour toutes ces raisons que les abertzale d'Ipar Euskal Herria sont engagés dans le combat pour le Département Pays Basque. Ils y rencontrent aussi, pour la première fois, la majorité de la société. Ils sortent de leur situation de ghetto et construisent avec l'ensemble des élus, des forces économiques et sociales, un projet commun. C'est, de toute évidence, une avancée incalculable.
Le Département Pays Basque n'est pas la panacée, mais il est la première marche de l'escalier qui nous conduira à la réunification d'Euskal Herria. *
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